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LA CONSTRUCTION DES IDENTITÉS
DANS LES TENSIONS DU MONDE ACTUEL
Raymonde DEFRENNE - L'Indécis
n° 64 (décembre 2006)
Peut-être que,
pour l’Administration, l’identité
c’est quelque chose de simple, précis
: c’est un nom, des prénoms,
un lieu et une date de naissance, le fait
d’être fils ou fille d’un
père, d’une mère. C’est
une nationalité. Ce sont des papiers
! Pourtant, en entendant ces mots «
des papiers », la question de l’identité
se présente tout de suite, même
pour l’administration, dans toute sa
complexité : cela renvoie à
la diversité, à la complexité
des humains dans un contexte économique,
géo-politique, social, en mouvement.
Si chacun restait tranquillement chez lui,
peut-être que cette question de l’identité
se poserait moins. Mais tout bouge et on a
un peu de mal à savoir ce que devient
l’identité, à lui donner
un contenu simple et précis.
Tenter de définir
ce concept est une entreprise périlleuse.
Cependant, les personnes que les professionnels
de l’orientation et de l’insertion
professionnelle accompagnent et qui tentent
de jeter les bases de leur avenir à
court, moyen ou long terme se heurtent à
ces questions : qui étaient-elles hier,
qu’est-ce qui les caractérise
aujourd’hui, qui seront-elles demain
et comment faire le passage entre hier et
demain ?
Le sociologue Jean-Claude KAUFMANN souligne
que l’usage de ce concept a soudainement
explosé il y a quelques dizaines d’années,
alors même qu’il se répandait
tout aussi rapidement dans le sens commun.
On parle de plus en plus de crises identitaires
; cela s’applique à des individus,
mais aussi à des groupes sociaux et
à des pays. Aujourd’hui chacun
se questionne, se demande qui il est, quel
le sens de ses actions, de sa vie. Chacun
doit fabriquer les cadres de sa vie future.
C’est pour cela que la question de l’identité
est si importante dans notre société
contemporaine et qu’elle concerne au
premier chef les professionnels de l’orientation.
Ce questionnement n’est
pas nouveau, mais il est particulièrement
prégnant dans la mesure où nous
assistons à une rupture importante
au niveau de la société - rupture
que beaucoup situent après la 2è
Guerre mondiale - marquée par des mouvements
sociétaux profonds qui touchent l’identité.
Avec Claude DUBAR, observons trois mouvements
importants :
- l’émancipation
des femmes a entraîné une redéfinition
des rôles sociaux et plus fondamentalement
une crise des identités sexuées.
Ces transformations des identités sexuées
modifient dans un même mouvement la
place des hommes et des femmes dans la famille,
dans la cité et dans le travail.
- le processus de mondialisation économique
a provoqué une remise en cause des
identités professionnelles jusque là
cadrées d’une certaine manière,
avec des statuts relativement bien définis,
une mobilité limitée, etc.
- le processus de privatisation des croyances.
La privatisation du religieux a engendré
une crise des repères, des références,
des valeurs, avec la tentation d’éliminer
les valeurs du champ de la réflexion
et de l’expression. Cela a entraîné
une crise des identités symboliques.
L’orientation a suivi
le mouvement en parlant beaucoup plus des
intérêts que des valeurs. Pourtant,
les décisions d’orientation reposent
largement sur les valeurs, pas forcément
conscientes ou explicitées. Comment
réintégrer cette question dans
les choix d’avenir ?
Face à ces grandes
évolutions, Claude DUBAR parle de la
crise des identités. Il prends ce mot
"crise" au sens où il s’agit
de passer d’un état à
un autre : les personnes, les groupes, les
sociétés, se trouvent dans une
transition avec, derrière eux, des
cadres relativement bien définis (on
a l’impression d’un socle relativement
solide à travers des identités
sexuées, professionnelles ou religieuses
données par des institutions fortes)
pour aller vers un avenir qui, lui, est largement
inconnu et peu défini.
Face à la question
de l’identité, Claude DUBAR distingue
deux positions philosophiques :
- la position « essentialiste »
qui postule à la fois une singularité
de chaque humain liée à une
appartenance essentielle, héritée
de la naissance. C’est l’appartenance
donnée a priori qui définit
la singularité essentielle de chacun.
Chacun devient qui il est. Il s’agit
de chercher ce qui est présent dès
le départ.
- la position « existentialiste »
qui refuse de considérer qu’il
existe des appartenances essentielles en soi
et donc des différences spécifiques
a priori et permanentes entre les individus.
Ce qui existe ce sont des modes d’identification
variables au cours de l’histoire collective
et de la vie personnelle. Ces modes d’identification
sont de deux ordres : les identifications
attribuées par les autres (identités
pour autrui) et les identifications revendiquées
par soi (identités pour soi). C’est
la relation entre ces deux processus qui est
au coeur de la construction identitaire.
Nous assistons à l’émergence
d’une nouvelle société
dans laquelle l’individu qui n’existait
pas en tant que tel, dans la mesure où
il était défini par son appartenance,
s’affirme petit à petit et prend
une place plus importante. Auparavant, ce
sont les structures sociales qui le portaient
et lui permettaient d’agir, alors qu’aujourd’hui
il doit construire lui-même les conditions
qui lui permettront d’agir. La construction
de l’identité est la condition
de l’action.
Pour Jean-Claude KAUFMANN,
l’histoire de l’identité
peut être analysée comme une
immense conversion entre une identité
qui vient du dehors (que ce soit par la religion,
la famille, l’Etat, la science) vers
une identité que nous essayons d’établir
du dedans. Quand l’identité venait
du dehors, la question ne se posait pas puisqu’elle
était donnée par les rôles
attribués. Il s’agit aujourd’hui
de la construire de l’intérieur.
Cela crée des modifications importantes
pour nos contemporains.
Nous nous posons la question
: « qu’est-ce que l’individu
contemporain ? », question qui intéresse
aujourd’hui de nombreux chercheurs :
sociologues, philosophes, économistes,
etc. Ce nouvel individu en train d’émerger
sur lequel on se pose tant de questions, certains
l’appellent post-moderne, d’autres
hyper moderne.
Il vit dans une société
qui a remis en cause trois grands piliers
de la société des 19è
et 20è siècles :
- 1° la notion de progrès : la
science n’arrête pas d’inventer,
de chercher des réponses aux problèmes
posés en terme de santé, de
communication, d’environnement, etc.
On se représente le progrès
comme toujours positif et sans limite.
- 2° la notion de raison qui permet de
lutter contre l’obscurantisme : grâce
à la raison, on va pouvoir tout résoudre
(cf. le rationalisme cartésien).
- 3° la notion de bonheur, conséquence
de l’idée que l’on se fait
du progrès et de la science : demain
ne pourra qu’être mieux qu’aujourd’hui.
Le bonheur est à construire.
Aujourd’hui, l’homme
moderne ressent que ces 3 piliers vacillent
: ce n’est pas sûr que le progrès
soit continuellement positif et sans limite,
ni que la raison soit la solution à
tous les problèmes, ni que demain soit
forcément mieux qu’aujourd’hui.
En particulier, depuis la deuxième
Guerre mondiale, certaines expériences
vécues (l’utilisation de la bombe
atomique en particulier), certains choix de
société (la manière de
gérer la planète par exemple)
remettent en question ces 3 piliers laissant
la place à de nouveaux concepts :
1° Le concept de complexité : chacun
perçoit aujourd’hui la complexité
de notre environnement bousculé par
la mondialisation mais aussi la complexité
de l’être humain qui réagit
souvent autrement que ce que l’on attendait.
2° Le concept d’incertitude : personne
ne sait ce que demain sera – personne
ne l’a jamais su, mais aujourd’hui
on sait qu’on ne le sait pas ; aussi
est-ce vécu comme un poids et s’accompagne
souvent de l’idée que demain
risque d’être pire qu’aujourd’hui,
ce qui n’est pas très facile
à porter.
3° Le desserrement des contraintes et
des valeurs : qui peut vous dire ce qui est
bien ou mal ? Chacun est renvoyé à
ses propres réflexions sur le bien
et le mal - ce qui a laissé la place
aux valeurs matérielles valorisées
par l’économie. L’application
en orientation peut être représentée
par la corne d’abondance où chacun
peut aller chercher ses références,
puiser une image de ce qu’il est, un
projet …
4° La liberté : la libération
des contraintes est recherchée. Les
obligations laissent la place à l’obligation
de liberté. Est-ce encore de la liberté
? Nous avançons vers plus de liberté,
mais aussi vers l’obligation pour l’individu
de choisir ses appartenances, ses actions,
assortie d’une obligation d’être
autonome - c’est paradoxal.
Dans ce contexte, vouloir
construire demain apparaît parfois au-dessus
des forces de cet homme qui est pourtant sommé
de le faire, ce qui explique que l’individu
contemporain, ne sachant plus comment imaginer
l’avenir, a tendance à se recentrer
sur le présent - ce qui compte, c’est
aujourd’hui - assorti parfois du repli
sur soi. Dans l’orientation, vous rencontrez
beaucoup de gens qui disent : « pourquoi
faudrait-il s’occuper de l’avenir
? » Evacuons cette question, surtout
au niveau des jeunes, même s’ils
ont parfois un projet, en disant : le présent,
ce n’est déjà pas mal.
Pourquoi se demander ce qu’on va être
demain ? Ce recentrage sur le présent
invite à la recherche de la satisfaction
immédiate de ses désirs, à
l’intolérance, à la frustration
: dans les groupes d’orientation, on
a parfois l’injonction : « répondez
à mes besoins, je vais vous dire de
quoi j’ai besoin et faites ce que je
vous demande ... »
L’individu oscille entre cette position
qui lui laisse quand même pas mal de
vide et d’insatisfactions et la poursuite
de nouvelles formes de dépassement
de soi et la quête de l’absolu.
L’individu oscille
entre deux positions : d’un autre côté
une recherche de sens, mais d’un sens
illimité : il voudrait trouver tout
le sens et en général, quand
il cherche cela, il ne le trouve pas ; d’un
autre côté l’impression
qu’il vaut mieux vivre au jour le jour
sans se poser trop de questions. On évoque
souvent dans ces cas le recours au "soyons
pragmatistes".
Nicole AUBERT décrit
cet homme contemporain comme « débordé
de sollicitations, sommé d’être
plus performant, talonné par l’urgence.
Il développe des comportements compulsifs
visant à gorger chaque instant d’un
maximum d’intensité. Il peut
aussi tomber dans un excès d’inexistence,
lorsque la société lui retire
les supports indispensables pour être
un individu au sens plein du terme. Il oscille
entre le trop et le rien. Et, pour ne pas
être rien, il va avoir tendance à
être "trop" ». L’homme
contemporain vit pratiquement tous les domaines
de son existence dans des dualités,
dans des excès ou des vides. Mais,
en même temps, une telle modernité
peut être vécue comme une chance
à saisir : celle de la responsabilité
renouvelée du sujet, pour lui-même,
pour les autres et pour la société.
Là se pose une question
importante : la responsabilité du sujet
est perçue comme la responsabilité
du sujet pour lui, lui tout seul. Or le sujet
vit dans une société et s’il
n’est responsable que de lui-même,
il n’est responsable de rien. Il existe,
mais dans la place qu’il tient dans
une société. C’est toute
la question : comment l’orientation
peut-elle relier ce sujet à la société
? Comment faire pour que l’orientation
ne traite pas uniquement du sujet isolé,
mais d’un sujet relié à
ses contemporains ?
Cette chance de pouvoir être
plus responsable, plus acteur pour la vie,
plus auteur, est vécue différemment
selon les groupes sociaux, les individus.
Selon les personnes, les situations, certains
peuvent s’en saisir, parfois avec des
risques, d’autres non parce que c’est
trop difficile.
- Certains, encore adossés à
des institutions "un peu fortes",
gardent une certaine estime d’eux-mêmes
et entrent dans ce mouvement relativement
tranquillement : ils sont encore en partie
portés par leurs institutions ; ils
acceptent d’évoluer parce qu’ils
se sentent encore en sécurité.
- Une autre catégorie, bien moins assurée,
présente deux types de personnes, par
exemple :
- d’un côté, les intermittents
du spectacle, les artistes ont un capital
culturel, une certaine estime de soi mais
qui se rejoue sans arrêt : estime de
soi qui a des hauts et des bas, cela dépend
des ressources qu’ils arrivent à
se procurer. Ils se bagarrent pour maintenir
une image positive d’eux-mêmes
et pour continuer le chemin dans ce qu’ils
croient important pour eux et la société.
- d’un autre côté, les
salariés en pleine ascension, salariés
de grandes entreprises elles-mêmes en
croissance, à qui on demande beaucoup,
qu’on valorise beaucoup et qui ont une
hyper image d’eux-mêmes.
Ces deux catégories risquent l’emballement
identitaire, avec des dégâts
psychologiques importants au moment des ruptures.
Ces emballements peuvent faire très
mal quand, tout d’un coup, cela s’arrête.
Cela renvoie au livre de Vincent de GAULEJAC
"Le coût de l’excellence"
ainsi qu’à d’autres études
sur les salariés de certaines entreprises
qui, boostés, d’un coup s’écroulent
et opèrent une remise en question importante
de leur identité.
- La troisième catégorie est
celle des plus modestes, désignés
comme porteurs d’un handicap : ils n’ont
pas tout à fait la bonne couleur de
peau, la bonne culture, les bons diplômes,
ils sont porteurs d’un handicap physique
ou psychologique, ils sont demandeurs d’emploi
depuis longtemps. Ils se sentent un peu dépassés
par cette société, voire dévalorisés.
Ils ont tendance à se replier sur eux-mêmes
et ne voient pas bien comment s’en sortir.
Ils baissent les bras quant à leur
construction identitaire : « Est-ce
que cela en vaut la peine ? Est-ce que je
ne pourrais pas trouver un endroit un peu
protégé où j’aurais
la possibilité de vivoter ? »
On sait bien que les identités
ne sont pas vécues de la même
manière aujourd’hui, dans cette
société, suivant les groupes
sociaux, les situations personnelles, les
lieux, les pays où l’on se trouve,
suivant les histoires, les contextes. On a
vraiment un risque de passer de l’optimisme
au pessimisme, comme le souligne EHRENBERG
pour qui il y a deux croyances par rapport
auxquelles on a besoin de lutter chacun pour
soi et dans la société : l’une,
optimiste, qui valorise le fait qu’aujourd’hui
chacun puisse se construire comme sujet :
on met l’identité de l’individu
au centre ; chacun va y arriver - il suffit
de s’y mettre - avec le risque que les
gens de l’orientation vont booster ces
identités-là : « Il n’y
a pas de raison qu’on n’y arrive
pas… Et si on n’y arrive pas,
c’est qu’on ne sait pas faire
». L’autre, pessimiste, affirme
que l’individualisation s’est
retournée contre les individus, que
c’était mieux avant, que cette
société ne peut que briser,
« de toute façon, on ne va pas
y arriver… c’est foutu d’avance
».
Les professionnels naviguent souvent entre
ces deux pôles, tous deux illusoires.
Plus globalement, au fil
du temps, l’individu a eu tendance à
se construire tout seul pour se libérer
de l’environnement. Pour lutter contre
toutes les contraintes de domination, les
pressions sociales qui pèsent, il s’est
affirmé : « moi, j’existe
en tant que tel, je peux me construire et
il faut que je lutte pour pouvoir imposer
mes nouvelles identités ». Cela
a été le mouvement de l’individualisme,
qui a effectivement permis à chacun
de devenir "quelqu’un" –
ce qui a été très positif.
Mais il a mis au centre le "Qui suis-je
?", la personne, l’être individuel,
ce qui a eu pour conséquence une déchirure
du lien social et, paradoxalement, un risque
de perte d’identité. Parce que
si je suis tout seul, si je ne suis plus relié,
je n’existe plus : « je voulais
exister en tant qu’individu, mais pour
y arriver, je m’éloigne des autres
(du conjoint, des enfants, des collègues,
etc. Franchement, si on pouvait les fuir tous
ceux là, on serait peut-être
mieux ! » Mais, en fuyant tout le monde,
on se retrouve tout seul. On s’est voulu
seul pour construire son identité,
mais on n’y arrive pas parce que l’identité
sans les autres est impossible.
Le mouvement de l’orientation
et de l’insertion a suivi :
- en confondant individualisation et traitement
individuel. Cela a conduit à penser
que pour aider les gens il fallait les considérer,
les rencontrer individuellement, les aider
par catégories. Poussés par
les institutions, les conseillers les ont
pris tout seuls dans leur bureau, pensant
que cela allait faciliter la construction
de l’identité - isoler pour accompagner
!...
- en mettant l’accent sur le bilan personnel
comme source principale de construction des
projets d’avenir : « regarde qui
tu étais hier, ainsi tu vas trouver
qui tu seras demain ... » et «
deviens ce que tu es ». Cela continue
à remettre en question nos pratiques.
- en traitant l’orientation indépendamment
des territoires, des références
culturelles, du réseau associatif,
de la citoyenneté, c’est-à-dire
en en faisant un monde à part, un monde
où on peut rencontrer des gens qui
vont nous aider à dire qui on va être.
Est-ce possible que l’orientation soit
un monde à part ? Je provoque, mais
ce sont des questions importantes. Cette approche
individuelle de l’orientation qui accompagne
la montée de l’individualisme
dans nos sociétés pose problème.
Aujourd’hui, par les
démarches d’orientation, il s’agit
d’accompagner la construction des identités
des individus plutôt que la transformation
des identités. La question n’est
peut-être pas tant d’aider la
personne à savoir qui elle est, mais
plutôt de l’aider à s’approprier
son environnement pour se construire. Il s’agit
de faire travailler la relation que l’individu
a avec son environnement, l’amener à
trouver comment vivre libre ensemble, dans
cet environnement qui contraint et qui encourage
son envie de liberté.
Dans les démarches
d’orientation on peut repérer
deux grandes approches de la construction
identitaire :
- la première centrée sur une
identité par introspection à
trouver en soi à travers les expériences
vécues par la personne au fil de son
existence. Cela rejoint la première
définition de l’identité
de Jean-Claude KAUFMANN, qu’il appelle
"l’identité biographique".
Il s’agit d’une relecture après
coup de son histoire pour y découvrir
des fils directeurs qui permettront de construire
la suite. C’est une première
tendance, relativement présente dans
l’orientation, dans cette recherche
que l’on a toujours du capital d’identité
de l’individu, avec ses intérêts,
ses valeurs, ses compétences …
comme si c’était vraiment uniquement
avec cela qu’il va construire. Mais
est-ce que c’est vraiment le centre
? Et où est le centre ?
- une autre définition considère
l’identité comme le champ de
possibles identitaires. L’identité
- avec une multiplicité de références
identitaires possibles, pas forcément
encore vécues mais qui se situent plus
dans l’espace, dans le temps –
représente alors la diversité
des identités que l’on a en soi,
non seulement en référence au
moi qui est en moi, mais aux autres qui sont
en moi. C’est l’identité
qui met l’accent sur l’ouverture
aux autres, pas simplement sur ce que les
autres disent de moi, mais sur ce qu’ils
disent du monde, d’eux-mêmes.
On voit les autres un peu comme un miroir
: - c’est intéressant, les autres,
parce qu’ils vont me dire qui je suis.
- oui, mais il n’y a peut-être
pas que vous qui êtes important. Il
y a peut-être le mouvement qui est intéressant
dans la société ».
C’est une approche
de l’identité qui donne le primat
à l’action avec d’autres,
pour le bien commun par rapport à la
réflexion sur soi. On conçoit
l’identité autrement que centrée
avant tout sur l’individu, mais centrée
sur un individu en interaction avec les autres
et le monde. L’identité, c’est
le "Je, avec le nous et avec le monde"
; les trois qui sont à l’intérieur
du Je.
Cette conception refuse de
considérer qu’il existe des appartenances
essentielles en soi, donc des différences
spécifiques a priori et permanentes
entre les individus. Elle se réfère
plutôt à des mondes d’identification
variables au cours de l’histoire collective
et de la vie personnelle. Du coup, la recherche
d’identité va beaucoup s’intéresser
à la multiplicité des identifications
possibles, donc à l’anticipation
: « à quoi ai-je envie de m’identifier,
de quoi ai-je envie pour cette société,
qu’ai-je envie d’apporter, etc.
». Elle va beaucoup s’intéresser
au développement de la curiosité,
à l’envie d’aller à
la découverte de l’inconnu comme
moyen d’élargir le champ des
possibles donc l’accès à
de nouvelles références identitaires.
Elle va beaucoup s’intéresser
au développement des relations aux
autres comme moyen de les découvrir
et aussi comme moyen de se découvrir
personnellement.
RICOEUR nous dit «
si j’accueille l’autre en moi,
je progresserai vers le soi, constitué
du moi et d’un autre » : soi-même
comme un autre.
Si nous partageons ce questionnement
sur l’identité, nous pourrons
construire ensemble
- une approche de l’orientation qui
aide à tisser des liens, des liens
entre les personnes, mais aussi des liens
entre les professionnels, des liens sur un
territoire ;
- une approche de l’orientation qui
propose, en même temps qu’une
réflexion sur soi, une réflexion
sur la société, qui valorise
l’ouverture aux autres et à l’environnement,
qui s’intéresse au collectivement
trouvé/créé. Rappelons-nous
Geneviève LATREILLE : « les métiers
sont des construits humains indéterminés
mais ils sont collectivement à trouver/créer
» - "collectivement", personne
ne le dit, comme si chacun avait à
trouver/ créer pour soi avant tout
chose.
- une approche de l’orientation qui
se donnerait une réflexion sur l’éthique
de son exercice. Pour cela, il peut être
intéressant de relire l’approche
de l’éthique de Paul RICŒUR
pour qui avoir une visée éthique
c’est rechercher une vie bonne pour
soi, avec et pour les autres, dans le cadre
d’institutions justes.
Dans un contexte d’aide
à l’orientation, quelle question
faut-il amener à se poser ?
« Qui je suis ? »
ou
« Qu’est-ce que
je fais, avec qui, comment, où, pourquoi,
qu’est-ce que cela révèle
de moi et de l’évolution de la
société ? »
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